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Les statines anti-cholestérol seraient-elles aussi des antirétroviraux bon marché ?
Des chercheurs espagnols ont découvert que les statines – des médicaments utilisés pour réduire les taux de cholestérol, aussi bien chez les personnes séropositives que séronégatives –empêchent l’infection par le VIH in vitro (dans les tubes de laboratoire) et chez la souris. Par ailleurs, dans une petite étude pilote, ils ont également constaté que les statines ont entraîné une réduction de la charge virale et une augmentation du nombre de CD4 chez six personnes séropositives ne prenant pas de thérapie antirétrovirale.
Ces résultats ont été publiés dans le Journal of Experimental Medicine du 16 août, et laissent penser que les recherches doivent se poursuivre afin de vérifier si les statines sont des armes potentielles supplémentaires et à faible coût, dans l’arsenal thérapeutique anti-VIH.
Les statines réduisent les taux de cholestérol en ciblant une enzyme appelée HMG-CoA. Ce mode d’action a pour effet non seulement de bloquer la production de cholestérol par l’organisme, mais aussi, ainsi que les chercheurs le suggèrent après avoir mené plusieurs études in vitro et sur des souris auxquelles des PBMC (cellules mononucléaires du sang périphérique) humains avaient été injectés, d’atteindre une autre enzyme appelée Rho guanosine triphosphatase. En interférant avec cette dernière, les statines bloquent la production d’une protéine intracellulaire appelée Rho. Le VIH a besoin de Rho pour pénétrer dans les cellules, et les expériences des chercheurs espagnols suggèrent que les statines (en l’occurrence la lovastatine) agissent, en tant qu’inhibiteurs d’entrée du VIH, de deux manières différentes au niveau cellulaire. Elles empêchent au VIH 1) d’ouvrir la membrane cellulaire et 2) de quitter les cellules qu’il a déjà infectées.
Afin d’établir si les modèles in vitro et animaux pouvaient s’extrapoler à l’homme (in vivo), les chercheurs ont recruté cinq hommes et une femme dans une étude pilote préliminaire. Aucun de ces six patients ne prenait de traitement antirétroviral, et tous avaient un nombre de CD4 d’au moins 465/mm3 et une charge virale stable entre 16.800 et 84.000 copies/ml.
Les patients étaient âgés de 23 à 53 ans, trois d’entre eux étant co-infectés par l’hépatite C et prenant de la méthadone. Leur dépistage du VIH avait eu lieu entre 1996 et 2000, bien qu’aucune date précise n’ait été obtenue concernant un homme de 24 ans.
Après un mois de traitement avec 40 mg de lovastatine une fois par jour, une réduction de la charge virale et une augmentation des CD4 ont été constatées chez les six participants. Cependant, une réduction de charge virale supérieure à un log (84.000 à 3590 copies/ml) n’a été observée que chez un seul des patients, les cinq autres patients ayant obtenu de 0.2 à 0.9 log10 de réduction de leur charge virale.
Dans leur analyse, les chercheurs n’incluent pas les différences significatives observées entre les mesures de CD4 et de charge virale qui, dans cette petite étude, pourraient être dues au hasard. Cependant, la mesure de charge virale effectuée trois mois après l’arrêt du traitement par lovastatine a montré un rebond jusqu’aux niveaux d’avant traitement chez la plupart des participants. Pour tous les patients, trois mois après l’interruption de la lovastatine, la charge virale a été plus élevée que pendant le traitement.
De plus, les nombres absolus de CD4 ont augmenté après un mois de lovastatine, puis sont redescendus à leurs niveaux de départ, voire plus bas, chez cinq des six participants, bien que la différence ait été évidente seulement chez les deux participants qui ont obtenu les modifications de charge virale les plus importantes (de 798 CD4/mm3 à la base, à 940 CD4/mm3 après un mois de lovastatine, à 690 CD4/mm3 chez un patient dont la charge virale est passée de 16.800 à 2330 copies/ml, puis à 16.100 copies/ml ; et de 760 CD4/mm3 à la base, à 1010 CD4/mm3 après un mois de lovastatine, à 501 CD4/mm3 chez un autre patient dont la charge virale est passée de 84.000 à 3590 copies/ml, puis à 26.400 copies/ml).
En conclusion, les auteurs de l’étude avancent que leurs découvertes - les statines empêchent l’infection à VIH dans les cellules en culture et dans les modèles animaux - et l’évidence préliminaire que les statines réduisent la charge virale et augmentent le nombre des CD4 chez des personnes séropositives, les amènent à penser que ces molécules ont un effet antirétroviral direct et pourraient avoir toute leur place dans l’arsenal thérapeutique anti-VIH le plus accessible pour la lutte contre la pandémie.
Référence
del Real et al. Statins inhibit HIV-1 infection by down-regulating Rho activity. J Exp Med 200: 541-547, 2004.
Ces résultats ont été publiés dans le Journal of Experimental Medicine du 16 août, et laissent penser que les recherches doivent se poursuivre afin de vérifier si les statines sont des armes potentielles supplémentaires et à faible coût, dans l’arsenal thérapeutique anti-VIH.
Les statines réduisent les taux de cholestérol en ciblant une enzyme appelée HMG-CoA. Ce mode d’action a pour effet non seulement de bloquer la production de cholestérol par l’organisme, mais aussi, ainsi que les chercheurs le suggèrent après avoir mené plusieurs études in vitro et sur des souris auxquelles des PBMC (cellules mononucléaires du sang périphérique) humains avaient été injectés, d’atteindre une autre enzyme appelée Rho guanosine triphosphatase. En interférant avec cette dernière, les statines bloquent la production d’une protéine intracellulaire appelée Rho. Le VIH a besoin de Rho pour pénétrer dans les cellules, et les expériences des chercheurs espagnols suggèrent que les statines (en l’occurrence la lovastatine) agissent, en tant qu’inhibiteurs d’entrée du VIH, de deux manières différentes au niveau cellulaire. Elles empêchent au VIH 1) d’ouvrir la membrane cellulaire et 2) de quitter les cellules qu’il a déjà infectées.
Afin d’établir si les modèles in vitro et animaux pouvaient s’extrapoler à l’homme (in vivo), les chercheurs ont recruté cinq hommes et une femme dans une étude pilote préliminaire. Aucun de ces six patients ne prenait de traitement antirétroviral, et tous avaient un nombre de CD4 d’au moins 465/mm3 et une charge virale stable entre 16.800 et 84.000 copies/ml.
Les patients étaient âgés de 23 à 53 ans, trois d’entre eux étant co-infectés par l’hépatite C et prenant de la méthadone. Leur dépistage du VIH avait eu lieu entre 1996 et 2000, bien qu’aucune date précise n’ait été obtenue concernant un homme de 24 ans.
Après un mois de traitement avec 40 mg de lovastatine une fois par jour, une réduction de la charge virale et une augmentation des CD4 ont été constatées chez les six participants. Cependant, une réduction de charge virale supérieure à un log (84.000 à 3590 copies/ml) n’a été observée que chez un seul des patients, les cinq autres patients ayant obtenu de 0.2 à 0.9 log10 de réduction de leur charge virale.
Dans leur analyse, les chercheurs n’incluent pas les différences significatives observées entre les mesures de CD4 et de charge virale qui, dans cette petite étude, pourraient être dues au hasard. Cependant, la mesure de charge virale effectuée trois mois après l’arrêt du traitement par lovastatine a montré un rebond jusqu’aux niveaux d’avant traitement chez la plupart des participants. Pour tous les patients, trois mois après l’interruption de la lovastatine, la charge virale a été plus élevée que pendant le traitement.
De plus, les nombres absolus de CD4 ont augmenté après un mois de lovastatine, puis sont redescendus à leurs niveaux de départ, voire plus bas, chez cinq des six participants, bien que la différence ait été évidente seulement chez les deux participants qui ont obtenu les modifications de charge virale les plus importantes (de 798 CD4/mm3 à la base, à 940 CD4/mm3 après un mois de lovastatine, à 690 CD4/mm3 chez un patient dont la charge virale est passée de 16.800 à 2330 copies/ml, puis à 16.100 copies/ml ; et de 760 CD4/mm3 à la base, à 1010 CD4/mm3 après un mois de lovastatine, à 501 CD4/mm3 chez un autre patient dont la charge virale est passée de 84.000 à 3590 copies/ml, puis à 26.400 copies/ml).
En conclusion, les auteurs de l’étude avancent que leurs découvertes - les statines empêchent l’infection à VIH dans les cellules en culture et dans les modèles animaux - et l’évidence préliminaire que les statines réduisent la charge virale et augmentent le nombre des CD4 chez des personnes séropositives, les amènent à penser que ces molécules ont un effet antirétroviral direct et pourraient avoir toute leur place dans l’arsenal thérapeutique anti-VIH le plus accessible pour la lutte contre la pandémie.
Référence
del Real et al. Statins inhibit HIV-1 infection by down-regulating Rho activity. J Exp Med 200: 541-547, 2004.
